Le diabète, une fatalité ?








21 millions de diabétiques en Europe !


Un chiffre en expansion, de quoi inquiéter la santé publique et mobiliser toutes les ressources en vue d'une prévention la plus efficace possible.


Une maladie de civilisation :


90 % des diabètes sont de type 2, très fortement liés aux modes de vie et plus particulièrement à l'alimentation. Le diabète de type 2 fait partie des maladies dites "de civilisation".


Mais qu'entendons-nous exactement par maladie de civilisation ?


Il s'agit des pathologies liées aux modes de vie "industrialisés" tels qu'ils se sont développés depuis près d'un siècle à peine. Ces maladies de civilisation représentent aujourd'hui la principale cause de mortalité et d'infirmité pour nos concitoyens.


Les maladies cardio-vasculaires (première cause de mortalité), les cancers toutes causes confondues (seconde cause de mortalité), le diabète de type 2, le surpoids, l'obésité, l'ostéoporose sont des maladies de civilisation. 


Il est probable que la liste soit plus longue et nous pourrions y rajouter un certain nombre d'affections neurodégénératives (Parkinson, maladie d'Alzheimer) affections neuropsychiatriques (stress, Burn out, dépressions…), troubles fonctionnels divers (intestin irritable, lombalgies...)


Le point commun de toutes ces pathologies ?


La désadaptation entre notre programme génétique, nos besoins et notre environnement.


En effet, nos gènes qui programment notre vie, nos besoins, notre régulation physiologique sont de "vieux gènes". Ce sont les mêmes que ceux de nos ancêtres il y a plus de 100 000 ans.


Ce code génétique de notre espèce humaine qui programme notre vie et notre survie n'a pas évolué.


Il est en parfaite adaptation avec l'offre alimentaire et le mode de vie de l'homme tel qu'il a existé au cours des millénaires et des siècles passés.


Depuis moins d'un siècle, une révolution biologique inimaginable s'est opérée.


Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'homme s'est mis à consommer des aliments pour lesquels il n'était pas adapté. L'industrialisation a produit des aliments raffinés, modifiés, transformés...


L'ensemble de ces aliments n'ayant plus uniquement pour but de nous nourrir convenablement mais davantage de nous séduire.


Résultat : une élévation considérable du sodium (1), l'apparition de graisses de forme "Trans" de nature industrielle n'existant pas dans la nature, une inversion considérable du rapport sodium/potassium (1), une raréfaction des oligo-éléments, vitamines et minéraux antioxydants...


Un appauvrissement des acides gras essentiels oméga 3 et au contraire une explosion de la consommation des oméga 6 (3), l'apparition de molécules potentiellement toxiques, polluantes…


Ce triste constat ne va pas dans le bon sens !


Cet environnement alimentaire nouveau, inhabituel, ne convient pas à notre code génétique et celui-ci est pris en défaut. Il ne bénéficie plus des micronutriments indispensables pour réguler notre physiologie : c'est l'apparition des maladies de civilisation !


Le diabète de type 2 : quelques explications sur les mécanismes.


Nos gènes ont été sélectionnés pour que l’être humain soit actif et bénéficie d'une alimentation adaptée (2). Or, nos civilisations modernes s'orientent vers un mode de vie beaucoup plus sédentaire d'une part et vers une nutrition qui ne va pas dans le bon sens d'autre part.


Nos vieux gènes d’être humain sont adaptés pour stocker le gras afin de faire face aux périodes de disette et de famine.


Notre alimentation moderne ne nous offre plus d'occasions de jeûner, de limiter notre consommation et nous vivons davantage dans l'abondance de produits gras, sucrés et de calories dites vides, c'est-à-dire pauvres en vitamines et minéraux.



Résultat : l'organisme prévu pour stocker, développe davantage de tissus gras, de surpoids dans ce contexte d'abondance mal régulée et non contrebalancée par une activité physique régulière.


Alors, faut-il se mettre au régime ?


Rien n'est moins sûr !


Si l'on a longtemps considéré que les diabétiques étaient responsables d'une surconsommation de calories, des "gros mangeurs" et des "gourmands", aujourd'hui ces théories volent en éclats et rien ne permet de l'affirmer.


Cette vision culpabilisante du diabète est battue en brèche et il semble que l'ensemble de la population, y compris ceux qui mangent raisonnablement voire même scrupuleusement, soient exposés aux facteurs alimentaires modernes favorisant le diabète.


C'est davantage un bruit de fond latent, quotidien et sournois de la nutrition moderne qui favorise l'apparition du diabète de type 2 que des excès de tables occasionnels.


Nous sommes tous exposés !


La "mal-bouffe" ce n'est pas uniquement manger des sucreries entre les repas, boire trop d'alcool ou prendre des crèmes glacées à chaque repas...


À notre insu, l'offre alimentaire actuelle est bien plus préjudiciable à notre santé que ces quelques excès faciles à éviter.


Répertorions ensemble quelques-uns de ces grands déséquilibres modernes favorisant le diabète :


Les mauvais choix des graisses !


Comment, le diabète, un excès de sucre dans le sang, pourrait être la conséquence de consommation de gras ?


Eh bien oui, notre organisme est régulé par des acides gras que l'on appelle essentiels et  indispensables.


Un précieux équilibre existe depuis l'aube de l'humanité, celui du rapport oméga 6/oméga 3.


Pour que nos gènes et leur régulation s'opère efficacement, pour que l'insuline fonctionne efficacement et le stockage du sucre se fasse sans pathologies, l'organisme doit bénéficier d'une alimentation ayant un rapport oméga 6/oméga 3 strictement inférieur à 4 ! (5, 6, 7)


Or, depuis 50 ans, l'alimentation industrielle nous propose à notre insu des aliments dont le rapport oméga 6/oméga 3 se situe entre 18 et 23 ! De plus, certains pays ayant un fort taux de diabète voient leur rapport oméga 6/oméga 3 proche de 40 voire même 60. (3, 4)


La première recommandation en termes de prévention du diabète pour notre population serait donc d'arrêter de "marcher sur la tête" et de proposer des aliments dont le rapport va dans le bon sens, celui qui est adapté à nos vieux gènes, un rapport oméga 6/oméga 3 inférieur à 5.


Comment faire en pratique ?



  • La première recommandation de l'institut SIIN

Savoir choisir les huiles végétales source d'oméga 3 et pauvre en oméga 6 : abandonner l’huile de tournesol, l’huile de maïs, l’huile de pépin de raisins dont la teneur en acides gras oméga 6 est bien trop élevée pour choisir des huiles source d'oméga 3 tels que l'huile de colza, et en assaisonnement : l’huile de lin, l’huile de noix, l’huile de cameline….


Consommer des aliments riches en oméga 3 : les noix de Grenoble, les petits poissons gras tels que la sardine, le maquereau,  le hareng... qui contribuent à nous apporter ces précieux oméga 3. (14)


Choisir les produits animaux issus de la filière "oméga 3", fruit d'une agriculture à vocation santé : 


il s'agit d'animaux dont l'alimentation est en partie faite à base de graine de lin, source d'oméga trois.


Les graisses de ces aliments sont parfaitement adaptées à nos vieux gènes : alors, choisissez les œufs oméga trois, le beurre la crème fraîche et les fromages oméga trois, les poulets les viandes et les jambons oméga trois...


Une révolution gastronomique prouvée scientifiquement


Est-ce que ça marche ? Ce serait trop simple ! Et pourtant... Elle tourne !


Les scientifiques se sont posés la question de savoir comment réduire le surpoids, les maladies cardio-vasculaires et le diabète dans des populations qui à leur insu consomment trop de graisses saturées, un rapport oméga 6/oméga 3 trop élevé qui, nous l'avons vu, constitue l'une des principales sources de diabète, des maladies cardio-vasculaires et probablement de surpoids (5, 6, 7).


Sans changer leur alimentation, sans changer leur mode de vie, des scientifiques français ont réalisé diverses études scientifiques en proposant un groupe d’aliments toujours aussi gras mais issus de la filière "oméga trois" alors que d'autres groupes n'en bénéficiaient pas et avaient une alimentation classique, issu de l'alimentation moderne et industrielle de tout un chacun.


Les résultats sont impressionnants :


qu'il s'agisse de la perte durable d’un surpoids, de la prévention des complications du diabète de type 2, des maladies cardio-vasculaires ou qu'il s'agisse de stabiliser l'évolution d'un diabète de type 2, à chaque fois que l'on remplace le beurre, les œufs, les rillettes habituelles par les mêmes produits issus de la filière "oméga trois", tous les marqueurs biologiques et marqueurs de santé évoluent dans le bon sens. (15)


En savoir plus


Au total : il ne s'agit pas tant de se mettre au régime que de changer nos habitudes et de savoir-faire nos achats de façon « intelligente ».


C'est la première recommandation de l'institut S.I.I.N.


Une responsabilité collective pour nos enfants


Nos enfants nous demanderont des comptes demain : en effet, ce déséquilibre des acides gras est d'autant plus sournois qu'il intervient tôt.


Sachons dès aujourd'hui offrir à nos enfants une alimentation savoureuse et une nutrition santé, sachons leur proposer dans les assiettes un rapport oméga 6/oméga 3 conforme à nos besoins essentiels de façon à ce que nos enfants d'aujourd'hui ne deviennent pas les diabétiques de demain. (6, 7) C'est possible !


D'autres recommandations renforcent cela :


Le diabète de type 2 est une pathologie multifactorielle.


Si les acides gras en constituent un pilier fondamental, beaucoup d'autres aspects entrent en jeu. C'est le cas notamment de la densité en micronutriments, vitamines, oligo-éléments, minéraux...



  • La seconde recommandation de l'institut SIIN : 

La densité micronutritionnelle, la présence des fruits, des légumes et des végétaux dans nos assiettes !


Les végétaux doivent être abondants dans nos assiettes non seulement pour éviter les maladies cardio-vasculaires, les cancers mais également le diabète.


L'apport en magnésium, en vitamines en oligo-éléments est indispensable pour une bonne régulation de l’insuline, du glucose et pour diminuer les risques de développer un diabète de type 2 (8, 9).


Or, le simple fait de consommer du pain blanc au lieu de prendre de la farine semi-complète ou complète, le simple fait "d'oublier" de manger un fruit chaque jour...


Tout cela contribue à une alimentation pauvre en micronutriments et riche en calories.


Notre conseil : manger de la couleur !


Pas un jour sans un fruit, de la farine complète ou semi -complète au quotidien, des légumes secs chaque semaine dans nos assiettes... Cette nouvelle attitude nutritionnelle contribue largement à nous protéger de l'ensemble de ces maladies dites de civilisation dont le diabète (16, 17).



  • La troisième recommandation de l'institut SIIN

Savoir optimiser notre assiette : diminuer les risques et augmenter les bénéfices dans nos assiettes.


De quoi parle-t-on ?


Depuis les histoires de la vache folle, des OGM, de la pollution par les pesticides, des cuissons hautes températures, de la présence de métaux lourds dans les poissons...


Nous sommes devenus inquiets et prudents sur notre alimentation.


Inquiets ? Oui, de mauvais choix alimentaires peuvent entraîner une augmentation de certains risques.


À ce jour, rien n'est prouvé dans le domaine du diabète mais la vigilance s'impose pour l'ensemble des pathologies de civilisation.


Peut-on augmenter le bénéfice ? Peut-on consommer des aliments qui aillent dans le bon sens, dont l'effet protecteur serait optimum voire même amplifié ?


Oui, il est possible de faire des choix d'aliment modernes, "raisonnés", et orientés dans le bon sens pour notre santé.


En ce qui concerne la prévention du diabète, nous savons aujourd'hui qu’une augmentation de certaines fibres trop insuffisamment consommées dans notre vie moderne peut protéger l'intestin, améliorer notre écosystème composées de nos bactéries bénéfiques.


De toutes récentes études de l'année 2008 et 2009 ont montré qu'un déséquilibre de la flore bactérienne de notre colon était associé à un risque accru de développer un diabète et un surpoids.


La consommation d'aliments riches en fibres "bifidogènes" c'est-à-dire des fibres végétales, issues de racine de chicorée par exemple ou d’oignons contribuent à nourrir ses bactéries bénéfiques, à restaurer un état de bonne santé de notre microbiote intestinal (la population bactérienne naturelle de l'intestin en bonne santé telle qu'elle existe depuis des centaines de milliers d'années) (10, 11, 12, 13).


Il est ainsi possible de concevoir des aliments modernes, dont le bénéfice/risque soit très en faveur d'une prévention santé des maladies de civilisation. Au lieu de mettre du sucre (du saccharose) dans certains aliments, il est possible de trouver une alternative avec des oligo-fructose, des fructanes et autres fibres naturelles dont l'enrichissement améliore la santé de l'intestin et prévient le diabète.


Ainsi, on fait d'une pierre deux coups : moins de sucres et plus de protection !


Le conseil de l'institut SIIN :


Au-delà des gadgets nutritionnels, des aliments farfelus ou des allégations marketing, l'industrie agroalimentaire est en mesure aujourd'hui de proposer des fabrications d'aliment santé, d'aliments  "raisonnés" qui associent le respect de l'homme, le respect de la planète et les bénéfices optimum fruit d'une recherche scientifique sérieuse et bien validée.


En conclusion


La prévention du diabète est une réalité et une priorité de notre société moderne.


Elle repose sur une nutrition qui va dans le bon sens, celui d'une adaptation de notre alimentation à nos vieux programmes génétiques.


Il ne s'agit pas d'une vision rétrograde mais plutôt d'une vision moderne, éclairée et raisonnée, une  Intelligent Nutrition qui va dans le bon sens, celui du respect de l'homme, de sa santé et de sa planète.


Références bibliographiques :


1. Meneton, 2009. Du sel à l’étude DASH : un enjeu de taille. 11ème entretien de nutrition de l'institut Pasteur de Lille, juin 2009.
2. Frassetto et al, 2009. Metabolic and physiologic improvements from consuming a paleolithic,     hunter-gatherer type diet. Eur J Clin Nutr. 2009 Feb 11.
3. Cordain L et al., 2005.  Origins and evolution of the Western diet: health implications for the 21st century. Am J Clin Nutr. 2005 Feb;81(2):341-54.
4. Yam D et al., 1996. Diet and disease--the Israeli paradox: possible dangers of a high omega-6 polyunsaturated fatty acid diet. Isr J Med Sci. 1996 Nov;32(11):1134-43.
5. Thorsdottir I, et al., 2004. Omega-3 fatty acid supply from milk associates with lower type 2 diabetes in men and coronary heart disease in women. Prev Med. 2004 Sep;39(3):630-4. 

6. Griffin MD, et al., 2006. Effects of altering the ratio of dietary n-6 to n-3 fatty acids on insulin sensitivity, lipoprotein size, and postprandial lipemia in men and postmenopausal women aged 45-70 y: the OPTILIP Study. Am J Clin Nutr. 2006 Dec;84(6):1290-8. 
7. Raheja BS et al., 1993. Significance of the N-6/N-3 ratio for insulin action in diabetes. Ann N Y Acad Sci. 1993 Jun 14;683:258-71. 
8. Villegas R, et al., 2009. Dietary calcium and magnesium intakes and the risk of type 2 diabetes: the Shanghai Women's Health Study. Am J Clin Nutr. 2009 Apr;89(4):1059-67. Epub 2009 Feb 18. 
9. Van Dam RM et al., 2006. Dietary calcium and magnesium, major food sources, and risk of type 2 diabetes in U.S. black women. Diabetes Care. 2006 Oct;29(10):2238-43. 
10. Brighenti et al., 2007. Dietary fructans and serum triacylglycerols: a meta-analysis of randomized controlled trials. J Nutr. 2007 Nov;137(11 Suppl):2552S-2556S.
11. Delzenne and Williams, 2001. Prebiotics and lipid metabolism. Curr Opin Lipidol. 2002 Feb;13(1):61-7
12. Bodera P, 2008. Influence of prebiotics on the human immune system (GALT). Recent Pat Inflamm Allergy Drug Discov. 2008;2(2):149-53.

13. Guarner F., 2007. Prebiotics in inflammatory bowel diseases. Br J Nutr. 2007 Oct;98 Suppl 1:S85-9.
14. Thorsdottir I, et al., 2004. Omega-3 fatty acid supply from milk associates with lower type 2 diabetes in men and coronary heart disease in women. Prev Med. 2004 Sep;39(3):630-4. 
15. Weill P et al., 2002. Effects of introducing linseed in livestock diet on blood fatty acid composition of consumers of animal products. Ann Nutr Metab. 2002;46(5):182-91. 
16. Lee YP, et al., 2008. Protein, fibre and blood pressure: potential benefit of legumes. Clin Exp Pharmacol Physiol. 2008 Apr;35(4):473-6.
17. Yin WY et al., 2005. Investigation of dietary fiber intakes and varies in 53 patients with diabetes. Zhonghua Yu Fang Yi Xue Za Zhi. 2005 Sep;39(5):342-4.